À 92 ans, Hugues Aufray revient sur ses relations avec Johnny Hallyday, Coluche et Renaud. Il refuse de suivre leurs excès et revendique une vie saine et raisonnable.
Hugues Aufray n’a jamais fait partie de la cour. Dans un entretien diffusé le 17 mars 2022 sur Melody TV, l’interprète de Santiano, âgé de 92 ans, a raconté sans détour ses relations avec Johnny Hallyday, Coluche et Renaud. Le constat tient en une phrase: Ce n’étaient pas vraiment mes copains.
Face à Christophe Daniel dans l’émission Micro Miroir, le chanteur est revenu sur son entrée dans la bande de Salut les copains, le rendez-vous d’Europe 1 qui a fédéré la jeunesse des années 1960. Il ne s’agit pas d’un règlement de comptes, mais d’une explication lucide sur des trajectoires que tout séparait, à commencer par l’âge, les habitudes et le rapport à la fête.
Un chanteur à part dans la génération Salut les copains
Quand Hugues Aufray intègre Salut les copains, il n’a pas le profil des adolescents de la vague yéyé. Selon Télé-Loisirs, il confie: Quand je suis entré chez Salut les copains, j’étais le plus vieux de tous les copains. J’avais commencé très tard: à l’âge de 20 ans, je n’avais pas du tout l’intention d’être chanteur. Voici précise qu’il revendique dix ans de plus que la moyenne, située autour de 20 ans. Cette maturité change la nature de ses liens.

Il ne fume pas et ne se reconnaît pas dans les soirées où l’alcool occupe une place importante. La distance qu’il décrit n’est pas une coquetterie d’artiste. Elle vient d’un mode de vie qui se construit très tôt, avant même la célébrité, et qui s’accentue au contact d’une génération pour qui boire jeune fait partie du décor.
Ce positionnement a une conséquence directe: il se retrouvait moins souvent dans les rassemblements de la génération musicale. Ce n’était ni de la timidité ni du mépris, mais une incompatibilité d’habitudes. En mars 2022, le chanteur n’a pas cherché à enjoliver ce passé. Il l’a décrit comme une donnée de fait, celle d’un homme plus âgé dans un monde de très jeunes gens.
Johnny Hallyday, un copain impossible à suivre dans l’alcool et le whisky
La relation avec Johnny Hallyday concentre les ambiguïtés. Hugues Aufray l’apprécie, mais il ne peut pas adopter son rythme. Sur Melody TV, il explique: J’étais son copain, mais je n’étais pas un copain comme les autres. Il fallait le suivre! Je ne pouvais pas le suivre dans l’alcool, dans le vin, dans le whisky, dans la drogue…

Selon Gala, Johnny Hallyday aurait d’ailleurs été très jaloux de lui au départ. Les deux chanteurs s’aimaient, mais ils n’appartenaient pas à la même bande. Hugues Aufray ne pouvait pas suivre le rythme d’un homme dont la légende s’est écrite dans l’excès. La nuit, l’alcool, la drogue: le chanteur de Santiano pose une limite que l’idole des yéyés ne pouvait pas intégrer.
La phrase Il fallait le suivre est plus parlante qu’un long commentaire. Elle dit la contrainte invisible de l’amitié avec Johnny Hallyday: être disponible pour la fête, pour la nuit, pour les excès. Hugues Aufray a refusé ce contrat. Il n’a pas condamné Johnny, il a constaté l’impossibilité d’y prendre part.
Coluche, Renaud et le refus de la cour
Hugues Aufray ne règle pas ses comptes, il décrit un fonctionnement social. Selon melty.fr, il raconte: J’étais pas là à ricaner, comme tous ceux qui étaient autour de Coluche, qui ricanaient à la moindre blague, même si c’était toujours très drôle! Je n’ai jamais fait partie de la cour. L’humour de Coluche ne suffit pas à le transformer en admirateur permanent.
Cette distance n’exclut pas l’intérêt. Le chanteur dit avoir parfois dîné seul avec l’humoriste, loin de l’entourage habituel. Pour Renaud, le constat est similaire: Je n’étais pas toujours dans l’entourage de Renaud, déclare-t-il dans Micro Miroir selon Gala. Ce refus des cours et des clans raconte aussi la solitude d’un artiste plus âgé, entré tard dans un milieu dominé par des bandes fusionnelles.
Le cas de Renaud est plus elliptique. Hugues Aufray ne développe pas de grief personnel. Il mentionne simplement qu’il ne fréquentait pas toujours son entourage. Cette discrétion renforce l’idée d’un homme soucieux de préserver son indépendance, sans rechercher la polémique.
À 92 ans, une vie saine revendiquée face aux excès
Interrogé par Midi Libre quelques jours avant ses 92 ans, Hugues Aufray décrit une règle de vie simple: un verre de vin de temps en temps avec (ses) amis. Il explique: J’ai très vite compris que l’alcool n’était pas bon pour moi. Moi, j’aime la liberté et j’ai fait le choix d’une vie saine et raisonnable.
La déclaration éclaire rétrospectivement ses distances avec Johnny Hallyday, Coluche et Renaud. Ce n’est pas un mépris de classe ou d’origine, mais une conscience précoce des risques que la scène musicale des années 1960 a longtemps banalisés. Là où d’autres ont construit leur légende dans la démesure, Hugues Aufray a choisi la longévité.
Cette manière de vivre n’a pas été sans conséquence sur son image. Là où la presse people a souvent célébré les nuits blanches et les addictions des idoles, Hugues Aufray a construit une autre figure: celle d’un artisan de la chanson, attaché à la régularité et à la discipline. Son témoignage dans Micro Miroir donne à cette figure une cohérence rare.
À 92 ans, il continue d’incarner un autre modèle de carrière, fondé sur la retenue. Ses propos ne réécrivent pas l’histoire, ils en restituent une version moins romantique: celle d’un homme qui a préféré rester à sa place, loin des excès, sans jamais jouer le rôle de figurant dans la cour des grands.








Aucun commentaire pour l’instant